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L'archipel des Tuamotu se singularise, par son histoire, des autres îles de Polynésie Française: sa découverte, l'exploitation de ses ressources parcimonieuses, le rôle joué par les missions chrétiennes, l'installation du CEP (Centre d'Expérimentation nucléaire dans le Pacifique) dans le sud-est des Tuamotu, l'impact de l'économie moderne.
L'archipel fut peuplé très probablement à la fin du premier millénaire de notre ère.
Il fut administrativement rattaché à la France en 1853, 11 ans après Tahiti et ses dépendances. Depuis le 12 avril 1996, appartenant au TOM de Polynésie Française, il bénéficie d'un statut d'autonomie.

Près de trois siècles de découverte.
Il a fallu pas moins de trois siècles et des découvreurs de renom du monde entier (parmi eux : Magellan au XVI°, Quiros, Schouten au XVII°, Roggeveen, Byron, Wallis, Carteret, Bougainville, Cook, Bligh au XVIII°, Von Kotzebue, Von Bellingshausen, FitzRoy au XIX°) pour répertorier les 78 atolls qui composent l'archipel. Dès 1521, pour la première fois, Magellan signale l'atoll de PukaPuka, au nord-est. C'est seulement en 1835 que les deux dernières îles, Kauehi et Taiaro, seront découvertes par le capitaine FitzRoy.
En 1823, l'hydrographe russe A.J. Krusenstern publie un "Atlas de l'Océan Pacifique", le premier ouvrage de cartes sur le Pacifique; il y inclut les travaux détaillés sur 20 atolls des Tuamotu de son compatriote Thadeus Von Bellingshausen et ceux des précédentes expéditions scientifiques. En 1845 enfin, le Commodore américain Charles Wilkes réalise une carte complète des Tuamotu.

La mauvaise réputation.
L'archipel, difficile d'accès, avait été baptisé par les explorateurs déconfits "Mauvaises Eaux" (1616, William Schouten), "Labyrinthe" (1922, Jacob Roggeveen), "Archipel Dangereux" (1768, Louis Antoine de Bougainville), "Archipel des îles basses" (1777, Forster) ou encore "Archipel de la Mer Mauvaise" (Dupetit-Thouars,1838). Il a longtemps porté le nom tahitien de Paumotu (îles soumises ou îles basses). Depuis le milieu du siècle dernier, c'est le nom tahitien de Tuamotu (îles lointaines) qui s'est imposé.

Une difficulté toponymique.
Les atolls ont eux aussi porté les noms de circonstance, évocateurs des événements vécus par les navigateurs, mais aussi de leur appartenance : ainsi l'île Takapoto a-t-elle été nommée "île sans fond" (Le Maire), "île pernicieuse" (Roggeveen), "île Spiridoff" (Kotzebue), cependant que Rangiroa fut appelée "îles des Mouches" (Le Maire), "île de Bonne Espérance" (Roggeveen), "Dean's islands" (Wilkes). Takaroa et Takapoto furent nommées en 1765 par Byron "îles du roi Georges". Ces héritages entretenus par la routine cartographique rappellent la complexité de la question toponymique. Aujourd'hui des noms polynésiens transcrits en lettres romaines désignent ces îles coralliennes.

Les missionnaires catholiques: christianisation et coprah (1817-1883)
Les impacts de la scolarisation effectuée par la LMS (London Missionary Society) témoignent d'une forte présence anglosaxone par l'intermédiaire de ses missionnaires. Bénéficiant de cette première approche, mais aussi par endoctrinement et déplacement de populations, les missionnaires catholiques ont réussi à christianiser les habitants de l'archipel et à obtenir l'adhésion à la France des plus résistants, ceux de l'est.
Ils sont aussi à l'origine de nombreuses plantations de cocotiers sur les îles nues, et d'un développement raisonnablement prospère de l'industrie du coprah.

Un isolement rompu: la radio et le CEP (à partir des années 1950)
Du fait de leur éloignement, malgré les interventions coloniales (perle, coprah, exploitation des gisements de phosphate de Makatea), les habitants des Tuamotu, peu touchés par les deux guerres mondiales, ont gardé leur langage et leur manière de faire jusqu'au milieu du XXème siècle. A partir de 1950, deux événements ont bouleversé les habitudes de vie: l'introduction des informations quotidiennes à la radio et surtout, l'implantation du CEP dans les îles de l'est (Fangataufa, Moruroa) et la base de Hao. Il s'en est suivi une considérable amélioration des communications, des connaissances du milieu, mais aussi une tendance à l'exode vers Papeete, laquelle s'est stabilisée dans les années 70.

(sources : Marie José Anglade langlade@com.univ-mrs.fr )